Blogue de Michel C. Auger

Justin Trudeau : le long chemin

Lundi 15 avril 2013 à 9 h 25 | | Pour me joindre

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Avec plus de 80 % des voix, la victoire de Justin Trudeau est si éclatante et tellement dépourvue d’équivoque qu’elle peut masquer une réalité qui n’est pas aussi encourageante qu’on pourrait le croire au Parti libéral du Canada.

Le principal intéressé est d’ailleurs le premier à le reconnaître. Il ne fait pas un discours sans parler du long chemin qu’il reste à parcourir pour que son parti reprenne la place qui était la sienne quand un autre Trudeau était son chef, il y a maintenant plus de trois décennies.

Le PLC ne peut plus, d’aucune façon, prétendre être le « parti naturel de gouvernement » du Canada. Il est désormais la troisième formation politique au Canada et il n’a plus que 8 députés au Québec et 11 en Ontario, deux provinces où il a déjà eu la presque totalité des sièges. Ces deux chiffres donnent, à eux seuls, une idée du chemin à parcourir.

Mais on a fait grand état, durant cette campagne, de l’antidote : du pouvoir d’attraction de Justin Trudeau sur les jeunes, sur la génération qui n’a jamais connu son père. Mais en regardant les chiffres de plus près, on peut voir que la réalité est parfois bien en deçà des attentes.

Les libéraux ont eu la bonne idée d’élire leur chef en ne se fiant pas qu’aux membres en règle du parti. Empruntant la technique du Parti socialiste français, ils ont permis à des sympathisants de voter, pourvu qu’ils prennent le temps de passer par un processus d’inscription en deux temps.

C’est là que la campagne Trudeau a connu des ennuis. Tout près de 300 000 membres et sympathisants s’étaient inscrits dans un premier temps pour participer au choix du chef du PLC. Mais seulement 127 000 ont pris le temps de s’inscrire en bonne et due forme sur les listes électorales.

On ne saura jamais exactement pourquoi les 170 000 autres se sont évanouis dans la nature. Et il est certain que l’avance insurmontable que Justin Trudeau semblait déjà avoir a pu jouer contre lui tant l’issue du scrutin semblait acquise.

Reste que moins de la moitié des sympathisants inscrits — la presque totalité provenant du camp Trudeau — ne se sont jamais rendus au bout du processus.

Des 127 000 qui restaient, selon les chiffres du PLC, environ 60 % avaient plus de 50 ans, et seulement 21 % avaient mois de 34 ans. Il faut donc tempérer un peu les grandes envolées sur l’enthousiasme des jeunes pour Justin Trudeau.

Surtout, il faut cesser de confondre un nombre important d’abonnés Twitter ou d’amis Facebook avec la capacité d’utiliser les réseaux sociaux pour mobiliser les électeurs et les attirer vers les urnes. Ce n’est pas en tweetant le nom du restaurant où on est allé manger ou le résultat du match du Canadien qu’on fait une utilisation utile et pertinente des médias sociaux à des fins électorales.

Personne n’est mieux placé pour le dire que les organisateurs de la campagne du président Obama qui, en 2012, ont réussi le tour de force d’augmenter le taux de participation chez les jeunes par rapport au record déjà enregistré quatre ans plus tôt, quand l’enthousiasme envers leur candidat était pas mal plus facile à canaliser.

Or, en fin de semaine dernière, les meilleurs spécialistes de la campagne Obama pour la sortie de vote et l’utilisation des médias sociaux — des gens comme Jeremy Bird, dont la réputation n’est plus à faire — étaient justement au Canada. Sauf qu’ils donnaient des ateliers de formation aux organisateurs présents au congrès du NPD et pas à celui du Parti libéral.

Le chemin du retour en grâce du PLC sera un long chemin, mais il le sera encore plus pour ceux qui seront tentés de confondre popularité et mobilisation.