Blogue de Michel C. Auger

Leçons américaines pour les partis politiques québécois

Mardi 13 novembre 2012 à 16 h 37 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

MCAuger

Maintenant que les résultats de l’élection présidentielle américaine sont connus et commencent à faire l’objet d’une analyse plus approfondie, il est difficile de ne pas en tirer quelques leçons pour les partis politiques québécois qui devront, selon toute évidence, retourner aux urnes d’ici deux ans.

La victoire de Barack Obama, compte tenu des difficultés économiques encore importantes aux États-Unis, va rester dans les annales comme le triomphe d’une machine électorale extrêmement performante et bien adaptée aux circonstances.

Concrètement, on peut dire qu’Obama a réussi à maintenir sa coalition de 2008 pendant que Mitt Romney et les républicains n’ont réussi à gagner de façon décisive qu’un seul groupe démographique, soit les hommes de race blanche.

Cela signifie que la victoire est allée à celui qui a le mieux réussi à faire passer son message auprès de toutes les clientèles. En particulier, Obama l’a emporté en tenant compte de la nouvelle démographie des États-Unis, en sachant combien les nouveaux électeurs étaient devenus déterminants.

C’est exactement le contraire de ce que font les partis politiques québécois qui, on l’a bien vu lors de la dernière campagne, ont essentiellement essayé de sortir leurs propres partisans — « sortir le vote », comme le dit l’expression consacrée — plutôt que d’essayer d’aller convaincre de nouveaux électeurs.

Or, la campagne de Mitt Romney vient de le prouver, on ne peut pas, ou plutôt on ne peut plus, gagner en se contentant de ne mobiliser que les clientèles qui nous sont déjà acquises.

Selon les sondages de sortie des bureaux de vote, Romney a gagné le vote des hommes blancs par 59 % contre 39 % à Obama, ce qui est, objectivement, une performance remarquable. Sauf que ce n’était pas suffisant pour le faire gagner.

L’évolution démographique ne s’accélère peut-être pas au même rythme au Québec qu’aux États-Unis. Mais il est clair que dans les deux cas, les partis dont les assemblées sont dominées par des électeurs blancs aux têtes grises ne pourront plus gagner à l’avenir à moins de s’ouvrir à de nouveaux électeurs.

Or, les trois grands partis politiques québécois sont un peu dans cette situation. Le PQ a passé la dernière campagne électorale sur la défensive à essayer juste de maintenir une trop faible avance dans le vote francophone. Résultat, au soir de l’élection, il s’est retrouvé avec un gouvernement minoritaire et une opposition officielle avec seulement quatre sièges de moins que lui.

Les libéraux sont, traditionnellement, plus ouverts aux nouveaux arrivants. Mais ils ont réussi ces dernières années à perdre les jeunes électeurs — et pas seulement les francophones — et sont devenus, un peu comme les républicains américains, le parti des hommes blancs les plus conservateurs.

Quant à la CAQ, elle ne pourra grandir que si elle cesse d’être autre chose que le parti des jeunes familles francophones des banlieues. La CAQ ne peut rester presque totalement absente de l’île de Montréal et des régions-ressources.

L’expérience de Barack Obama prouve une autre chose que les partis politiques québécois auraient intérêt à écouter : quand on réussit à créer un mouvement d’électeurs qui, auparavant, ne s’intéressaient que peu à la politique, il faut savoir qu’ils ne vont pas vous laisser tomber à la première occasion.

Les chiffres préliminaires du taux de participation aux États-Unis montrent qu’il a été probablement plus élevé en 2012 qu’en 2008, au moment où Barack Obama était le candidat du changement qui semblait capable de marcher sur les eaux. Les jeunes, en particulier, ont été encore plus nombreux à voter qu’en 2008.

Quatre ans et une très dure récession plus tard, sa coalition était encore là pour le soutenir, même si l’épreuve du pouvoir avait ramené leur candidat à des dimensions plus ordinaires.

Comme quoi, la voie du succès électoral à long terme est de faire l’effort de ratisser ailleurs que dans sa clientèle traditionnelle et d’éveiller et d’intéresser de nouveaux électeurs. Ce à quoi les partis politiques québécois semblent avoir presque renoncé.