Blogue de Michel C. Auger

Angoisses péquistes à la ligne de départ

vendredi 3 août 2012 à 12 h 26 | | Pour me joindre

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Celui de Jean Charest ou de Pauline Marois qui perdra l’élection du 4 septembre devra quitter ses fonctions. Ce n’est rien de très surprenant, c’est la règle de la vie politique. On va parfois donner une deuxième chance à un chef qui se fait battre, mais pratiquement jamais une troisième.

Au Parti québécois, à la ligne de départ de cette campagne électorale, le danger est encore plus grand que de devoir changer encore de chef. C’est l’avenir même du PQ qui pourrait être en cause après une quatrième défaite électorale de suite.

La dernière fois que le PQ a gagné une élection, c’était… au siècle dernier. En 1998, il y a trois chefs de cela. Dans le temps de Lucien Bouchard, un homme que le PQ n’inviterait plus à ses congrès, si tant est qu’il ait encore le goût de s’y rendre.

Les trois défaites du PQ depuis ce temps l’on été aux mains du premier ministre le plus fédéraliste de l’histoire récente du Québec, et qui a toujours su transformer, de quelque façon, ses campagnes électorales en croisades pour le Canada.

Ce n’est pas seulement parce que c’est ce que croit profondément Jean Charest, c’est aussi parce que les sondages internes du PLQ – qui ne vérifient pas seulement des intentions de vote, mais aussi des valeurs et les grandes tendances, lui ont montré que la possibilité d’un nouveau référendum sur la souveraineté faisait fuir les électeurs.

Pas étonnant que la base électorale du PQ soit passée d’autour de 45 % des voix pendant les années 1990 à 35 % lors de la dernière élection, un résultat qui ressemble à ce que disent les sondages aujourd’hui.

Le chef libéral ne le sait que trop bien, et ce n’est pas pour rien qu’il essaie de faire un amalgame – plutôt tiré par les cheveux, avouons-le – entre « la rue et le référendum », les deux plaies qui guetteraient le Québec en cas de victoire de Pauline Marois.

Il reste qu’un quatrième rejet consécutif de l’option souverainiste dans une élection, même si la souveraineté est loin d’être au coeur de la campagne du PQ, aurait nécessairement un effet sur l’option elle-même.

Il y a déjà d’anciens souverainistes, comme François Legault, qui affirment ouvertement qu’ils n’y croient plus et que ce ne doit pas être la priorité des Québécois.

Historiquement, cela est significatif parce que, lorsque de nouveaux partis se sont créés au Québec, c’était toujours par des dissidents qui quittaient le Parti libéral. De l’Action libérale nationale qui allait fusionner pour devenir l’Union nationale, au Parti québécois de René Lévesque, à l’ADQ de Jean Allaire et de Mario Dumont.

Contrairement à eux, la Coalition avenir Québec est le premier parti majeur à avoir été créé surtout par des gens qui ont quitté le PQ. Quand on ajoute cela aux crises qui ont secoué le PQ ces derniers mois et à la fondation d’Option nationale, de l’autre côté du spectre politique, on voit que l’avenir ne s’annonce pas radieux au PQ en cas de défaite le 4 septembre.

Au-delà d’un nouveau rejet de l’option souverainiste que constituerait une quatrième défaite de suite pour le PQ, il y a aussi la perte de l’expertise du pouvoir que cela constituerait.

Si le prochain mandat du gouvernement allait jusqu’à son terme, le PQ aurait été dans l’opposition pendant 15 ans, ce qui est une génération en politique. Il ne resterait pratiquement plus de gens qui auraient eu l’expérience de siéger au conseil des ministres ou même d’avoir été dans un cabinet ministériel.

Déjà, aujourd’hui, le PQ ne compte plus que quatre députés qui ont une expérience ministérielle. En plus de Mme Marois, dont l’expérience n’est plus à prouver ayant exercé presque toutes les fonctions ministérielles importantes, il n’y a plus que Mme Nicole Léger et M. François Gendron qui ont déjà été ministres pendant une longue période. Mme Marie Malavoy l’avait été pour un mois en 1994, avant d’être obligée de démissionner.

Déjà, le bassin d’expérience ministérielle est assez limité. Dans quatre ans, il est probable qu’il serait pratiquement à sec. Ce n’est pas le seul critère qui compte, bien sûr, mais il reste important. Et pour le Parti québécois, il devient donc urgent de mettre fin à sa traversée du désert. C’est peut-être devenu une question de survie.