Billets publiés en août 2012

Minoritaire? Non merci!

Mardi 28 août 2012 à 19 h 12 | | Pour me joindre

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MCAuger

N’importe quel parti politique ordinaire se trouverait très heureux d’obtenir le mandat de former un gouvernement minoritaire, mardi soir prochain. Après tout, ce n’était pas l’année pour une victoire glorieuse et une petite pluralité sera une victoire honorable dans les circonstances.

Mais voilà, le Parti québécois n’est pas un parti ordinaire.

Le Parti a une base militante qui attend de ses dirigeants qu’ils prennent des mesures concrètes pour faire avancer le Québec vers la souveraineté. S’ils acceptent — tout juste — qu’on ne fasse pas un troisième référendum à moins d’être certain de le gagner, les militants péquistes n’en exigent pas moins des gestes symboliques qui vont dans ce sens.

Le problème, c’est qu’avec un gouvernement minoritaire, le PQ ne pourrait faire ni l’un ni l’autre.

Évidemment, pas question pour les députés libéraux ou ceux de la Coalition avenir Québec de permettre à un éventuel gouvernement péquiste minoritaire de se lancer dans une campagne référendaire. Il est tout simplement inconcevable que l’Assemblée nationale accepte la tenue d’un référendum sur la souveraineté.

Or, quand le PQ ne peut pas faire la souveraineté, il veut, au moins, faire avancer sa cause par d’autres mesures. Cette année, on retrouve de telles mesures dans la plateforme péquiste. Des initiatives comme la création d’une citoyenneté québécoise, une nouvelle loi 101 et une Charte de la laïcité.

Or, dans une situation de minoritaire, un gouvernement péquiste devra négocier avec les partis d’opposition pour faire adopter l’une ou l’autre de ces mesures.

Il est certain que les libéraux ne pourraient voter pour de telles initiatives qui suscitent déjà de nombreuses objections auprès des électeurs non francophones qui constitueront, plus que jamais, la base électorale du PLQ.

La CAQ a déjà indiqué qu’elle ne voulait pas toucher à la loi 101. Et comme on sait déjà que ces lois contiendront des clauses qui pourront être attaquées devant les tribunaux en vertu de la Charte des droits, il est plus que douteux que la CAQ veuille suivre le PQ dans cette voie.

Reste la mince possibilité que Québec solidaire et/ou Option nationale détienne la balance du pouvoir. Même dans ce cas, il est loin d’être certain que les initiatives du PQ puissent avancer.

La coporte-parole de QS, Françoise David, a déjà exprimé très clairement son opposition à la Loi sur la laïcité. En gros, elle rejette l’idée de fermer les portes de la fonction publique à ceux et celles qui portent des signes religieux.

Le projet de citoyenneté québécoise risque fort de rester sur les tablettes s’il n’en tient qu’à QS, qui n’est pas particulièrement intéressé par ce genre d’initiatives essentiellement symboliques.

Une nouvelle loi 101 aurait une meilleure chance d’être acceptable à QS, mais comme c’est toujours le cas pour des gouvernements minoritaires, il faudra tout négocier avec le ou les partis qui auront la balance du pouvoir et on ne sait jamais ce qu’ils vont demander et ce qui sortira de telles négociations.

Mais un gouvernement péquiste minoritaire n’aurait guère le choix que de gérer le Québec comme province du Canada qui devra faire des choix déchirants en matière de finances publiques et, peut-être même, devoir subir les contrecoups de la nouvelle récession que voient venir bien des économistes.

Pour les militants péquistes, c’est avoir tous les inconvénients d’être au gouvernement sans aucun des avantages. Pas étonnant que le PQ essaie de tout faire pour faire comprendre à ceux qui sont tentés par QS ou ON qu’ils doivent « voter utile » et élire un gouvernement péquiste majoritaire, quitte à voter en se bouchant le nez.

Et si, mardi soir, mon collègue Patrice Roy devait annoncer l’élection d’un gouvernement péquiste minoritaire, il y a fort à parier qu’il y aura beaucoup de sourires forcés et quelques visages longs au quartier général du Parti québécois.

Hollande et le rétroviseur

Dimanche 26 août 2012 à 14 h 28 | | Pour me joindre

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MCAuger

« Pis, comment aimes-tu notre campagne à la Hollande? » Mon interlocuteur est un vieil organisateur péquiste, rencontré par hasard dans la rue.

Une campagne à la Hollande? Je n’y avais pas pensé à celle-là. Mais c’est vrai qu’il y a des ressemblances assez frappantes entre la campagne de Pauline Marois et celle de François Hollande pour la présidence française en mai dernier.

Face à un adversaire hyperactif qui allait essayer d’être partout en même temps pendant la campagne, les socialistes français avaient décidé d’une campagne calme avec un candidat qui aimait s’afficher comme un homme ordinaire qui deviendrait « un président normal ».

Au lieu de répondre à chaque attaque de son adversaire, Hollande avait décidé de ne pas dévier de son plan initial, de ne pas passer son temps à regarder dans le rétroviseur et de laisser les autres s’énerver.

Pauline Marois fait un peu la même chose : elle mène une campagne calme, qui refuse de répondre coup pour coup à ses adversaires et qui suit son plan de match contre vents et marées.

Les adversaires ne sont pas contents de l’absence de cadre financier? Qu’à cela ne tienne, le PQ le rendra public quand il l’a décidé et pas un jour plus tôt. Ils attaquent sa nouvelle loi 101? Elle ne se donne même pas la peine de leur répondre et continue de faire sa promotion auprès de l’électorat francophone.

Comme la chef est moins populaire que son parti, on lui a préparé une campagne plus discrète, où elle est moins visible que les autres chefs. Comme si le slogan non officiel de la campagne était « Petit train va loin ».

Avec le résultat que, selon les derniers sondages, Mme Marois se trouve toujours en position de former le prochain gouvernement, avec une avance encore confortable de sept points sur la Coalition avenir Québec auprès de l’électorat francophone.

Mais là s’arrêtent les comparaisons. En cette fin de campagne, les stratèges péquistes feraient bien de lire la petite phrase que l’on retrouve sur certains rétroviseurs : ceux qui vous suivent peuvent être plus proches qu’ils n’en ont l’air.

La campagne péquiste a connu quelques ratées au cours des derniers jours qui ont forcé d’embarrassantes clarifications de la part de Mme Marois, d’abord sur une éventuelle citoyenneté québécoise, puis sur les référendums d’initiative populaire.

Pas le genre d’incidents qu’on souhaite en fin de parcours.

Mais surtout, la lente progression de la Coalition avenir Québec ne semble pas en voie d’être stoppée, sauf que, de plus en plus, elle va se faire aux dépens du PQ.

Les circonscriptions les plus chaudement disputées au cours des 10 derniers jours se trouvent essentiellement dans la grande banlieue de Montréal – le 450, qui compte plus que sa part de députés péquistes. (Les députés libéraux, pour la plupart, se retrouvent dans des châteaux forts comme Saint-Lambert ou Vaudreuil).

Presque tous les gains de la CAQ se feront donc aux dépens du PQ. Là où ça compte, c’est à dire en terme de sièges, ça pourrait empêcher le PQ de former un gouvernement majoritaire. Ça pourrait même reléguer les libéraux au troisième rang en termes de sièges, même si nous n’en sommes pas encore là.

Pour les 10 derniers jours de sa campagne, Mme Marois ne peut plus se payer le luxe d’ignorer la CAQ et François Legault. Surtout que, chez les francophones, les libéraux ne sont pratiquement plus dans la course.

Même si elle s’en passerait bien, Mme Marois n’a pas tellement le choix : elle doit commencer à surveiller son rétroviseur.

Interdire

Jeudi 23 août 2012 à 0 h 17 | | Pour me joindre

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MCAuger

Depuis le début de la campagne, le Parti québécois est devenu le parti qui interdit. Celui qui croit que le chemin du renforcement de la nation québécoise passe nécessairement par une série d’interdictions.

Interdit pour les jeunes adultes de fréquenter le cégep dans la langue de leur choix, même après 12 années à l’école française. Interdit à ceux qui ne passeront pas un test linguistique de se présenter aux élections qui sont sous la juridiction de l’Assemblée nationale. Interdit à ceux qui portent un signe religieux distinctif de joindre la fonction publique ou parapublique.

De toutes ces interdictions, la loi créant une citoyenneté québécoise est la plus intrigante. Même avec les affirmations originales et les clarifications du PQ, il est difficile de comprendre pourquoi on tient tant à emprunter une route qui risque de créer autant de divisions.

D’abord parce que ce serait une loi qui ne répond pas à un besoin. La citoyenneté canadienne donne actuellement tous les droits nécessaires pour participer à la vie citoyenne. À moins d’être allergique au fait qu’elle soit conférée par le pouvoir fédéral, le Québec peut tout à fait s’en accommoder – tant qu’il n’est pas un pays souverain.

Si le PQ se croit obligé de créer une citoyenneté québécoise – sujette à des tests linguistiques et à la décision d’un fonctionnaire – ce sera, dans les faits, pour exclure certaines personnes de cette citoyenneté québécoise. Au lieu d’être un symbole d’inclusion des nouveaux arrivants, ce sera une embûche de plus qui aura nécessairement pour effet d’exclure certaines personnes.

L’interdiction de fréquenter un cégep en langue anglaise qui serait faite aux jeunes adultes, qu’ils soient francophones de souche ou issus de l’immigration, est un cas évident d’interdiction pour le plaisir d’interdire.

On aura beau chercher, il n’y a aucune étude sérieuse qui établisse un rapport de cause à effet entre l’interdiction de fréquenter le cégep en anglais pour des adultes qui ont passé 12 ans dans le système d’éducation francophone et l’objectif de francisation poursuivi par la loi 101.

En fait, c’est un cas typique d’essayer de réparer ce qui n’est pas brisé.

La plus belle réussite de nos lois linguistiques est ce qu’on appelle « les enfants de la loi 101 ». Ces jeunes qui viennent de partout dans le monde et qui ont adopté le Québec et le français de façon enthousiaste.

On n’a aucune raison de croire – sauf si on croit les discours de certains candidats péquistes – que tout cela serait compromis par un désir, bien légitime, de maîtriser aussi la langue anglaise.

Mais au PQ, on préfère interdire. On obligera donc des jeunes devenus adultes de ne pas fréquenter le cégep de leur choix.

Puis, arrive la charte de la laïcité qui, elle aussi, devient un instrument d’interdiction. Celle de porter tout signe religieux qui est considéré comme « ostentatoire » comme un voile, une kippa ou un turban. Pendant que les signes tout aussi ostentatoires de la religion majoritaire sont protégés comme faisant partie du « patrimoine québécois ».

Le résultat est d’interdire l’accès à la fonction publique et aux secteurs parapublics comme l’école ou l’hôpital à ceux dont la religion n’est pas celle de la majorité.

Ce n’est pas la laïcité, c’est, en fait, tout le contraire. La laïcité n’est pas le droit du gouvernement d’interdire l’expression des croyances religieuses des citoyens. C’est le droit des citoyens de vivre en sachant que l’État ne prendra pas parti pour une religion contre toutes les autres.

Or, la charte de la laïcité se trouve, dans les faits, à faire précisément cela. On va, en pratique, interdire aux membres de certaines minorités religieuses d’occuper des emplois dans la fonction publique et parapublique.

Le Québec ne peut-il progresser qu’en adoptant autant d’interdictions et autant d’exclusions? Ça vaut certainement la peine de se poser la question.

 

À combien gagne-t-on?

Jeudi 16 août 2012 à 22 h 21 | | Pour me joindre

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MCAuger

La question qui se pose dans les états-majors de campagne cette semaine, c’est : « à combien gagne-t-on? » Quel pourcentage de voix sera suffisant pour chacun des partis pour s’assurer la victoire?

Dans une course à trois, c’est une question simple qui a non pas une, mais DES réponses compliquées.

D’abord, parce que dans une course à trois, un tout petit écart de voix peut signifier de très grands écarts en nombre de sièges. Ainsi, en 1990 en Ontario, le NPD de Bob Rae avait surpris tout le monde en enlevant un gouvernement majoritaire avec seulement 37 % des voix. Et au Québec, Jean Charest s’était maintenu au pouvoir en 2007 avec 33 %. C’était pourtant le pire résultat des libéraux depuis la Confédération.

En fait, la concentration des voix et les différences régionales prennent une importance démesurée quand il y a trois partis en lice.

Ainsi, en 2007 au Québec, c’est la concentration des voix des libéraux chez les non-francophones qui a fait gagner les libéraux. Alors que l’ADQ (avec 31 % des voix) payait très cher son incapacité de gagner des voix sur l’île de Montréal et finissait avec sept sièges de moins que le PLQ.

Normalement, cette concentration du vote libéral nuit au PLQ. Ainsi, en 1998, le PQ avait gagné un plus grand nombre de sièges, mais avec moins de voix que les libéraux. On estime généralement qu’il faut que les libéraux aient quatre ou cinq points d’avance pour obtenir plus de sièges que les péquistes.

Cette année, dans une lutte à trois, le gagnant de l’élection pourrait bien n’avoir besoin que d’un pourcentage de voix relativement peu élevé pour obtenir une majorité de sièges.

Ainsi, certains stratèges péquistes estiment que le PQ pourrait former un gouvernement majoritaire avec aussi peu que 34,5 ou 35 % des voix. Selon eux, la Coalition avenir Québec vient essentiellement chercher du vote libéral et cette division pourrait même leur donner une dizaine de sièges. Des sièges que le PQ ne pouvait espérer gagner en début de course.

Évidemment, il est beaucoup trop tôt pour faire ce genre de prédiction. Les débats n’ont pas encore eu lieu et rien ne montre que la CAQ a terminé sa montée.

Juste pour mémoire, à ce moment-ci de la campagne fédérale de l’an dernier, personne n’aurait osé prédire la montée du NPD et la débandade du Bloc québécois.

Reste qu’un parti politique peut penser qu’il pourrait obtenir un mandat majoritaire et gouverner quand, dans les faits, presque les deux tiers des Québécois auraient voté contre lui.

Ironiquement, cela survient quand, pour la première fois depuis sa fondation, le programme du PQ ne s’engage plus à instaurer un élément de scrutin proportionnel au Québec, préférant une vague promesse d’une réforme indéterminée du mode de scrutin.

Encore une fois, il est bien trop tôt pour faire ce genre de prédiction. Mais si un parti politique devait former un gouvernement majoritaire avec les voix d’un Québécois sur trois, les demandes de réforme du mode de scrutin vont devenir plus pressantes.

C’est un débat qui n’intéresserait plus seulement les experts, mais qui pourrait se transporter « dans la rue ».

La bataille du 450

Lundi 13 août 2012 à 7 h 43 | | Pour me joindre

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MCAuger

Toute tentative de traduire des sondages nationaux en projections du nombre de sièges qu’un parti pourrait remporter tient plus de l’art que de la science. Mais les deux projectionnistes les plus connus au Québec, Éric Grenier du site ThreeHundredEight.com et Bryan Breguet du site Tooclosetocall.ca ont à peu près la même vision des choses. À ce moment-ci de la campagne, en tout cas.

À l’heure actuelle, le PQ gagnerait les élections avec une soixantaine de sièges – presque un gouvernement majoritaire, mais pas tout à fait. Les libéraux formeraient l’opposition officielle avec un peu moins de 50 sièges et la CAQ serait un tiers parti avec un peu plus d’une quinzaine de sièges.

C qui est intéressant pour le déroulement du reste de la campagne, c’est la répartition géographique de ces sièges. La Coaliton avenir Québec, selon les deux prévisions, gagnerait aujourd’hui l’essentiel de ses sièges dans la région de Québec et dans Chaudière-Appalaches, bref, dans les régions où ses racines adéquistes sont les plus profondes.

Selon l’une des prévisions (celle de Too close to call), la CAQ ne gagnerait pas un seul siège dans la grande banlieue de Montréal, le 450, là où se font et défont les gouvernements au Québec. Pour l’autre (Three Hundered and Eight) la CAQ obtiendrait tout juste six sièges dans la banlieue de Montréal, et même François Legault serait battu – bien que de justesse – dans sa circonscription de L’Assomption.

Sauf que lorsqu’on regarde les projections de plus près, on se rend compte que la CAQ commence à se rapprocher d’une percée importante dans le 450, surtout sur la Rive-Nord.

Dans la plupart des circonscriptions les plus francophones du 450, la CAQ a déjà dépassé les libéraux et se retrouve au 2e rang derrière le Parti québécois. Cela est compatible avec ce que nous disent les sondages, soit que la CAQ a, jusqu’ici, surtout enlevé des voix aux libéraux.

Di la CAQ devait continuer sa remontée, elle commencerait nécessairement à prendre des appuis au PQ.

C’est exactement ce qui s’était produit lors de l’élection de 2007. L’Action démocratique de Mario Dumont avait commencé à enlever des voix aux libéraux dans ses régions de prédilection, soit Québec et Chaudière-Appalaches, dès le début de la campagne. Mais l’ADQ avait fini par gagner une majorité des sièges dans le 450 dans la dernière semaine aux dépens du PQ. Et il s’était retrouvé à quelques sièges du pouvoir. Une poussée de toute fin de campagne dont aucun sondage n’avait su détecter l’ampleur à l’époque.

Un autre élément de la campagne de 2007 qui est similaire à aujourd’hui : les intentions de vote pour le PQ avaient décliné ou stagné pendant les six mois précédant le scrutin. Et en 2007, comme maintenant, le chef du PQ était moins populaire que son parti.

Doit-on s’attendre à une autre vague de la CAQ dans le 450 au cours des prochaines semaines? Il est bien trop tôt pour le dire et plusieurs inconnues demeurent, à commencer par la performance des chefs aux débats télévisés.

Il commence à devenir assez clair que l’issue de cette campagne électorale a toutes les chances de se jouer dans une bataille entre le PQ et la CAQ au nord et au sud de Montréal. Des circonscriptions autrefois fortement péquistes, mais qui ont déjà montré qu’elles pouvaient changer de camp.

Où est Pauline?

Jeudi 9 août 2012 à 16 h 27 | | Pour me joindre

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MCAuger

C’est la question que tous les observateurs se posent, y compris des gens qui aiment Pauline Marois et ne comprennent pas ce qui lui arrive depuis le début de la campagne électorale. Où est Pauline? Comment se fait-il qu’elle n’imprime pas plus sa marque sur cette campagne électorale?

Bien sûr, la campagne du Parti québécois ne pouvait tout prévoir. Surtout pas que l’arrivée de Jacques Duchesneau à la Coalition avenir Québec lui enlèverait ce qui devait être son principal cheval de bataille : la lutte contre la corruption.

Le PQ pouvait espérer être, par défaut, l’option de ceux qui ne voulaient pas réélire un gouvernement qu’ils jugeaient corrompu. Avec l’arrivée de M. Duchesneau à la CAQ, ce n’est plus le cas.

Reste qu’on sent que ce revirement de fortune a fait plus que simplement obliger le PQ à changer de stratégie. Ça semble plutôt avoir complètement coupé son inspiration.

Depuis le début de la semaine, les deux autres partis font des annonces qui ne sont pas toujours spectaculaires, mais qui ont le mérite de frapper l’imaginaire : une baisse d’impôts, les soins dentaires pour les enfants ou l’école secondaire de 9 à 5.

Pendant ce temps, la chef du PQ promettait un Fonds stratégique d’investissement dans l’économie québécoise, à ne pas confondre avec la Banque de développement économique du Québec qu’elle promet également.

Des solutions qui sont intéressantes, mais qui ont le défaut d’être technocratiques et loin des gens. Et de ne pas faire parler de soi quand il y a toutes sortes d’autres sujets plus aguichants dans l’air.

Avec le résultat que Mme Marois a eu, depuis le début de la campagne, moins de visibilité que ce qui est normalement dévolu au chef de l’opposition officielle et de ce qui doit être, dans nos institutions, le gouvernement en attente.

Mais le PQ a un autre problème, qui vient des crises qu’il a connues depuis quelques mois. Le PQ ne peut pas seulement présenter un programme pour gouverner le Québec comme province du Canada. Pour contenter ses propres troupes, il doit aussi parler de ce qu’il fera pour permettre la tenue d’un référendum sur la souveraineté.

La position officielle du PQ est de ne pas promettre la tenue d’un référendum dans un prochain mandat, mais de ne pas l’exclure non plus.

Depuis le début de la campagne, toutes sortes d’interprétations du programme ont cours. Ainsi, les candidats Bernard Drainville et Jean-François Lisée ont donné des entrevues au Globe and Mail (et pas à des journaux québécois, soit dit en passant) pour expliquer comment un gouvernement péquiste nous conduira au Grand Soir. Des articles abondamment commentés par les candidats libéraux, M. Charest en tête, pour dire que la seule véritable priorité du PQ serait de tenir un référendum.

En plus, Gilles Duceppe s’est permis une attaque frontale contre le seul député de Québec solidaire, accréditant l’idée que le PQ a peur de perdre des voix sur sa gauche.

Dans toute cette confusion, on a perdu le message de Mme Marois. Et une semaine de perdue dans une campagne qui n’en compte que quatre, c’est énorme.

Une recette qu’on connaît trop bien

Mercredi 8 août 2012 à 12 h 01 | | Pour me joindre

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MCAuger

« Bien que la réduction des impôts des particuliers, notamment ceux des familles de la classe moyenne, demeure un objectif important, la Coalition avenir Québec croit donc qu’un gouvernement responsable se doit, dans des circonstances comme les nôtres, de privilégier le remboursement de la dette. » – Programme de la Coalition avenir Québec
 
Quand on lit le programme de la CAQ, on voit qu’elle reconnaît que la dette du Québec est un problème important d’équité intergénérationnelle.
 
Cette dette, dit le programme de la CAQ, condamne les jeunes générations « à devoir contribuer une part disproportionnée de leurs revenus à payer des services dont ils n’auront jamais pu bénéficier et les privant de la liberté de choix qui devrait être la leur, et ce, dans un contexte o* des défis importants – particulièrement celui du vieillissement de la population – ne feront qu’accentuer le fardeau qu’ils auraient de toute manière à supporter. »
 
C’est vrai. En plus de constituer le troisième poste budgétaire de l’État et de coûter 1100 $ par contribuable chaque année, la dette fait en sorte que l’État québécois – le plus endetté au Canada – n’a, aujourd’hui, pratiquement plus de marge de manoeuvre.
 
Aujourd’hui, le Québec finance sa dette à des taux d’intérêt qui sont proches d’un plancher historique. Mais on peut facilement envisager que, dans un avenir pas si lointain, une hausse des taux fera augmenter le coût du service de la dette de façon importante, forçant ainsi soit des augmentations d’impôt importantes, soit des compressions de services tout aussi draconiens.
 
C’est ce qui explique que le programme de la CAQ faisait du remboursement de la dette une priorité qui devait passer avant les baisses d’impôt.
 
Arrive la campagne électorale et voici que la CAQ propose une baisse d’impôts qui atteindra 1000 $ pour les familles de classe moyenne et qui coûtera 1,8 milliard de dollars au Trésor québécois.
 
Bien sûr, il arrive qu’en période de récession, on prenne le pari d’augmenter la dette pour stimuler l’économie. Et l’un des meilleurs moyens est encore de retourner de l’argent dans les poches des contribuables.
 
Mais la CAQ parle d’une baisse permanente d’impôt, et dont les coûts seront totalement absorbés par une promesse pas vraiment chiffrée d’économies éventuelles à Hydro-Québec, dans la fonction publique et par l’abolition des Commissions scolaires.
 
Comme le diable est toujours dans les détails, il serait important de savoir d’avance combien ces compressions pourraient rapporter. Mais, sur ce point, on devra se contenter des promesses de la CAQ plutôt que de chiffres.
 
C’est, malheureusement, une recette que l’on connaît trop bien. De Ronald Reagan à George W. Bush, les républicains américains nous ont habitués aux baisses d’impôt tout de suite et aux compressions budgétaires plus tard, ou pas du tout.
 
Avec le résultat que, lorsque les présidents Reagan et Bush ont quitté la Maison-Blanche, ils ont tous les deux laissé des déficits record. Pour la simple raison qu’il est beaucoup plus facile de décréter de populaires baisses d’impôts que d’effectuer de difficiles compressions budgétaires.
 
On connaît tellement bien la recette, qu’il est bien étonnant de voir la CAQ tomber dans le même piège.

La nouvelle donne

Vendredi 3 août 2012 à 18 h 51 | | Pour me joindre

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MCAuger

Difficile de dire si c’est une plus mauvaise nouvelle pour Jean Charest ou pour Pauline Marois. Mais reste que si Jacques Duchesneau rejoint la Coalition avenir Québec, ce sera toute une prise pour François Legault. Un « game changer », comme on dit à Washington.

D’emblée, c’est une grosse tuile pour Jean Charest qui voulait par-dessus tout éviter de parler du dossier de la corruption. Or, la présence de Jacques Duchesneau change nécessairement la donne. On va parler de corruption au cours de cette campagne parce que la personne la plus identifiée à la lutte contre la corruption n’est plus un spectateur. Il est sur la glace avec les autres joueurs.

On ne sait pas si Jacques Duchesneau a encore des révélations à faire, mais il est clair que pendant son témoignage à la commission Charbonneau, il donnait nettement l’impression d’avoir encore des dossiers dans sa mallette.

Mais surtout, on a bien senti que Jacques Duchesneau en voulait au gouvernement Charest qui l’a embauché comme enquêteur anticorruption au ministère des Transports, pour ensuite le congédier en laissant son rapport ramasser la poussière sur une tablette, au point où il s’est senti autorisé de le donner aux médias.

L’effet Duchesneau se fera aussi sentir dans le ton de la campagne libérale. Pas mal plus difficile de parler de loi et d’ordre avec le ton du chef de police, comme Jean Charest le fait depuis quelques jours, quand le chef de police est candidat. Mais pas pour le parti du premier ministre…

Pour le PQ, la nouvelle est presque aussi mauvaise. Que ce soit justifié ou pas, Jacques Duchesneau est largement considéré comme la personne la plus crédible au Québec actuellement en matière de lutte contre la corruption. Le PQ n’a aucun porte-parole qui puisse l’approcher en termes de notoriété ou de crédibilité dans ce dossier.

Cela va surtout nuire à l’argument qui allait inévitablement venir du côté du PQ, soit qu’il fallait « voter utile » et que le seul moyen de mettre fin à la corruption serait d’élire un gouvernement péquiste. Mais, pour cela, il faut que le PQ soit le parti le plus crédible dans ce dossier. Avec l’arrivée de Jacques Duchesneau, ce sera bien plus difficile pour le parti de Pauline Marois.

Évidemment, il y a des risques à la candidature d’une forte personnalité comme celle de Jacques Duchesneau. Il a la réputation — méritée — de ne pas toujours suivre les ordres et d’être un franc tireur. Soit.

Mais c’est surtout après les élections que les fortes têtes risquent de faire faire des cheveux gris à leur chef. En attendant, François Legault a réussi à changer la donne de cette campagne et il gagne d’emblée la course aux candidats vedettes.

Angoisses péquistes à la ligne de départ

Vendredi 3 août 2012 à 12 h 26 | | Pour me joindre

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MCAuger

Celui de Jean Charest ou de Pauline Marois qui perdra l’élection du 4 septembre devra quitter ses fonctions. Ce n’est rien de très surprenant, c’est la règle de la vie politique. On va parfois donner une deuxième chance à un chef qui se fait battre, mais pratiquement jamais une troisième.

Au Parti québécois, à la ligne de départ de cette campagne électorale, le danger est encore plus grand que de devoir changer encore de chef. C’est l’avenir même du PQ qui pourrait être en cause après une quatrième défaite électorale de suite.

La dernière fois que le PQ a gagné une élection, c’était… au siècle dernier. En 1998, il y a trois chefs de cela. Dans le temps de Lucien Bouchard, un homme que le PQ n’inviterait plus à ses congrès, si tant est qu’il ait encore le goût de s’y rendre.

Les trois défaites du PQ depuis ce temps l’on été aux mains du premier ministre le plus fédéraliste de l’histoire récente du Québec, et qui a toujours su transformer, de quelque façon, ses campagnes électorales en croisades pour le Canada.

Ce n’est pas seulement parce que c’est ce que croit profondément Jean Charest, c’est aussi parce que les sondages internes du PLQ – qui ne vérifient pas seulement des intentions de vote, mais aussi des valeurs et les grandes tendances, lui ont montré que la possibilité d’un nouveau référendum sur la souveraineté faisait fuir les électeurs.

Pas étonnant que la base électorale du PQ soit passée d’autour de 45 % des voix pendant les années 1990 à 35 % lors de la dernière élection, un résultat qui ressemble à ce que disent les sondages aujourd’hui.

Le chef libéral ne le sait que trop bien, et ce n’est pas pour rien qu’il essaie de faire un amalgame – plutôt tiré par les cheveux, avouons-le – entre « la rue et le référendum », les deux plaies qui guetteraient le Québec en cas de victoire de Pauline Marois.

Il reste qu’un quatrième rejet consécutif de l’option souverainiste dans une élection, même si la souveraineté est loin d’être au coeur de la campagne du PQ, aurait nécessairement un effet sur l’option elle-même.

Il y a déjà d’anciens souverainistes, comme François Legault, qui affirment ouvertement qu’ils n’y croient plus et que ce ne doit pas être la priorité des Québécois.

Historiquement, cela est significatif parce que, lorsque de nouveaux partis se sont créés au Québec, c’était toujours par des dissidents qui quittaient le Parti libéral. De l’Action libérale nationale qui allait fusionner pour devenir l’Union nationale, au Parti québécois de René Lévesque, à l’ADQ de Jean Allaire et de Mario Dumont.

Contrairement à eux, la Coalition avenir Québec est le premier parti majeur à avoir été créé surtout par des gens qui ont quitté le PQ. Quand on ajoute cela aux crises qui ont secoué le PQ ces derniers mois et à la fondation d’Option nationale, de l’autre côté du spectre politique, on voit que l’avenir ne s’annonce pas radieux au PQ en cas de défaite le 4 septembre.

Au-delà d’un nouveau rejet de l’option souverainiste que constituerait une quatrième défaite de suite pour le PQ, il y a aussi la perte de l’expertise du pouvoir que cela constituerait.

Si le prochain mandat du gouvernement allait jusqu’à son terme, le PQ aurait été dans l’opposition pendant 15 ans, ce qui est une génération en politique. Il ne resterait pratiquement plus de gens qui auraient eu l’expérience de siéger au conseil des ministres ou même d’avoir été dans un cabinet ministériel.

Déjà, aujourd’hui, le PQ ne compte plus que quatre députés qui ont une expérience ministérielle. En plus de Mme Marois, dont l’expérience n’est plus à prouver ayant exercé presque toutes les fonctions ministérielles importantes, il n’y a plus que Mme Nicole Léger et M. François Gendron qui ont déjà été ministres pendant une longue période. Mme Marie Malavoy l’avait été pour un mois en 1994, avant d’être obligée de démissionner.

Déjà, le bassin d’expérience ministérielle est assez limité. Dans quatre ans, il est probable qu’il serait pratiquement à sec. Ce n’est pas le seul critère qui compte, bien sûr, mais il reste important. Et pour le Parti québécois, il devient donc urgent de mettre fin à sa traversée du désert. C’est peut-être devenu une question de survie.

Deux référendums

Mercredi 1 août 2012 à 16 h 05 | | Pour me joindre

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MCAuger

Si l’on en croit le premier ministre et la chef de l’opposition, les Québécois seront appelés non pas à une élection, mais à un référendum, le 4 septembre prochain. Mais, bien évidemment, la question serait différente selon qu’on écoute Jean Charest ou Pauline Marois.

Dans son discours d’ouverture de la campagne, M. Charest a choisi de dramatiser le conflit étudiant du printemps dernier en opposant « l’intimidation, la violence et la banalisation du non-respect des lois » au « progrès économique et à la démocratie ».

Pour Mme Marois, cette élection est plutôt un référendum sur la corruption et le bilan des neuf années au pouvoir de Jean Charest et du Parti libéral.

Il est bien normal, en ce début de campagne, que les deux chefs déterminent les enjeux du débat électoral et tentent d’écrire la « question de l’isoloir », celle à laquelle les électeurs répondront lorsqu’ils iront voter.

Mais on aura rarement vu une élection où celui qui réussira à imposer cette « question de l’isoloir » aura toutes les chances de l’emporter au soir du 4 septembre.

Si les libéraux réussissent à transformer l’élection en référendum sur la crise étudiante, ils auront de très bonnes chances de former le prochain gouvernement, même s’il pourrait être minoritaire.

Au PLQ, on affirme que les manifestations du printemps ont créé un fort mouvement de ressac, surtout à l’extérieur de Montréal, et que cela pourrait faire en sorte que les électeurs aient le pardon plus facile pour un gouvernement qui promet de rétablir l’ordre.

En ce sens, l’avertissement lancé par M. Charest voulant que rien ne doive venir empêcher l’ouverture des salles de cours à la rentrée du mois d’août avait presque l’air d’un souhait. Plus il y aura de manifestations à la rentrée, plus les libéraux auront de chances d’imposer leur thème de campagne.

Il reste que la stratégie est risquée. Il est bien difficile de penser qu’une campagne électorale de cinq semaines va se résumer à un seul sujet, et que le premier ministre aura la voie libre pour le répéter sans relâche pendant plus d’un mois. Les élections ne se déroulent jamais en suivant un scénario aussi simple.

De l’autre côté, Mme Marois sait qu’elle a peu de chances de gagner un tel débat, et veut plutôt transformer l’élection en référendum sur Jean Charest et ses neuf ans au pouvoir. Avec une insatisfaction envers le gouvernement qui n’est pas tombé sous les 60 % au cours de la dernière année, on comprend facilement la stratégie des péquistes.

Mme Marois a quelques avantages pour imposer sa propre question de l’isoloir. D’abord, parce que M. Charest est le premier chef de gouvernement québécois depuis Maurice Duplessis à solliciter un quatrième mandat. Dans les circonstances, la tentation de faire un bilan devient presque irrépressible.

Ensuite, les autres partis d’opposition voudront aussi parler du bilan du gouvernement, ce qui viendra amplifier plutôt que diminuer le message du PQ.

Enfin, Mme Marois aura beau jeu de répéter que ce scrutin estival ne vise qu’à avoir une élection avant plutôt qu’après la reprise des travaux de la Commission Charbonneau, le 17 septembre prochain.

À chacun son référendum, donc, et les électeurs décideront de l’enjeu qui est le plus important pour eux, et à quelle question ils auront envie de répondre le 4 septembre en se rendant aux urnes.